19 décembre 2009
Hanté sans frapper
La scène se passe dans la chambre du jeune couple. C’est là que viennent les apparitions, les hantises, le poltergeist. Filmés par la caméra du couple : entre images amateurs façon Blair Witch et vidéo surveillance. Images modernes.
Le couple dort. Soudain, la jeune femme se lève. Tel un somnambule, elle reste plantée là, droite comme le I de « Il se passe quoi, là ? ». Elle regarde son homme dormir. S’approche. Que va-t-elle faire ? Que va-t-elle lui faire ?
Rien pour l’instant. Elle revient sur ses pas. Quitte la pièce, entre dans le couloir, tel un zombie. On la voit disparaître derrière la porte de leur salle de bains. Soudain, un cri résonne. Intense, terrifié, féminin. Le garçon se réveille en sursaut, court jusqu’à la salle de bains. Encore des cris, des bruits de coups puis le silence. On ne voit rien. On imagine. Vieille technique pour de vieux sujet – la maison hanté, la possession diabolique…Pas original mais efficace.
Paranormal activity, d'Oren Peli. Avec Katie Featherston, Micah Sloat. Deux étoiles.
15 décembre 2009
Tire-larme à tire-larigot
La scène se passe au théâtre du Châtelet. Ca y est, ils y sont arrivés. L’orchestre du Bolchoi joue : c’est celui des ratés qui prennent leur revanche, des coupables qui trouvent leur rédemption, des anonymes qui vivent leur moment de gloire.
Ils jouent Tchaikovsky, la musique vole, le public vibre. Les visages se succèdent à l'écran: tous pleurent, tous émus. Un par un. Allez, à la queue, comme tout le monde, à votre tour de pleurer, vous dans la salle... Hé, ho, si je veux !
Dans la coulisse, le directeur du théâtre (Berléand) se sent porté par le concert. Il se tourne vers son assistant (Hazanavicius), transporté lui aussi. Leurs regards se croisent, et soudain, accompagnés par la symphonie…Ils se roulent un gros patin. Ca y est, on a ri. Pas trop tôt.
Le concert, de Radu Mihailenu. Avec Aleksei Guskov, Mélanie Laurent. Une étoile.
14 décembre 2009
Politique fiction
La scène se passe au supermarché. Yacine (Sami Bouajila) fait ses courses tranquillement. Il passe devant un homme dans un fauteuil roulant qui l’interpelle. « Vous pouvez m’attraper cette bouteille, là-haut ?» désigne-t-il en pointant une bouteille de vin, en haut du rayon.
Deux armoires à glace déboulent alors, le faux handicapé se lève et marche. En un éclair, le trio empoigne Yacine et l’assoit de force dans le fauteuil. « Lâchez-moi » hurle la victime sous les yeux médusés des clients. « C’est rien, il a un malaise » rassure l’étrange équipe.
Ils poussent le fauteuil à travers une porte de supermarché et se retrouvent dans une sorte d’entrepôt désert. L’un des gorilles sort sa lame et déchire la joue de Yacine. Ils menacent. En gros : si tu continues à enquêter sur les liens entre un ministre et une société de télécommunication, accusée de cacher un rapport sur des antennes relais néfastes, on te liquide.
Jusque là, on avait cru à tout. Même et surtout à Clavier, sarkozyste patenté pas tentant, en homme de gauche en guerre contre un double de Bouygues. Mais dans cette scène-là, la compote de la théorie du complot est dure à avaler. Le film politique laisse place au polar. Après tout, pourquoi pas. C’est du cinéma.
La Sainte Victoire, de François Favrat. Avec Christian Clavier, Clovis Cornillac. Deux étoiles.
11 décembre 2009
Les gueules de l'emploi
La scène se passe dans un bureau. Un petit bureau fabriqué pour un petit patron fabriqué aussi. Philippe Miller est un magouilleur qui se fait passer pour un chef de chantier dans une ville sinistrée. L’arnaque marche. Le voilà en train de regarder les Curriculum Vitae des bonshommes qui aimeraient bien se faire embaucher.
Les fiches défilent, les photos d’identité se succèdent : des gueules de types plus tout jeunes, les yeux si ridés qu’on les dirait pochés, le sourire, pffffuit, envolé, délavé par des années à chômer.
Des vies, des vies. On ne dirait pas des acteurs mais de vrais hommes, on ne dirait pas un film mais un documentaire. Et un beau.
A l'origine, de Xavier Giannoli. Avec François Cluzet, Emmanuelle Devos. Trois étoiles.
A L'ORIGINE
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18 novembre 2009
Captivante captivité
La scène se passe à la gare. Petite gare de banlieue banale. Cadre réaliste. La France d’aujourd’hui.
Un flic, déguisé en chauffeur, vient de déposer deux sacs kaki avec trente millions d’euros à l’intérieur. La rançon pour libérer un patron de multinationale séquestré – une sorte de baron Lagardère. Il a déposée dans le porte-bagages d’un wagon – la besace, pas le baron. Quelques minutes plus tard, le sac a disparu. Les ravisseurs sont passés par là.
Mais le flic, pourtant sans arme, ne comptait pas s’arrêter là. Il devine que les preneurs d’otage ont simplement traversé le quai pour s’engouffrer dans le train d’en face, à l’arrêt. Aussitôt, il file dedans à leur recherche.
Le pas rapide, il fait le tour des wagons, les yeux scrutant les portes-bagages. Soudain, ç a y est : il tombe sur les deux sacs kaki. En dessous, deux ravisseurs, le cheveu court, type paras, sont assis. Ils voient le flic arriver : « Merde », lâche l’un d’eux. Mais le condé, qui est plus du genre inspecteur Harry que commissaire Navarro, le cogne et broie la glotte de l’autre, le tuant sur le coup. Au survivant, il assène en lui serrant son nez explosé : « Maintenant, tu vas parler, si tu veux pas finir comme ton copain d’en face ». Des mecs virils, des blocs d’assurance, il y en a plein le film. Un film de genre, tendu, musclé. Réussi, quoi.
Rapt, de Lucas Belvaux. Avec Yvan Attal, Anne Consigny. Trois étoiles.
15 novembre 2009
Comme un avion sans elle
La scène se passe dans le salon de Georges. Beau salon, bourgeois. Le quinquagénaire est interrogé par deux policiers. On l’accuse de « harcèlement » sur une femme qu’il connaît pourtant peu. Mais qu’il harcèle effectivement.
Dussollier (Georges, donc) joue comme les avions que son personnage adore : en looping. Parfois aérien, il survole, drôle et léger, le film. D’autres fois, c’est le crash, le clash : il s’énerve. Et là, justement, il s’excite contre les flics. « Vous voulez que je finisse comme le voisin d’en face ? Deux ans de chômage et il s’est suicidé ! C’est ça que vous voulez? Mais on est peu de choses pour les femmes ! La sienne a déjà retrouvé un autre homme ! »-
Trente secondes avant, on riait de son embarras mais là on ne rit plus de sa douleur. Le cœur du film est là : derrière le délire, il y a de la gravité. Derrière le décor, un petit parfum de mort.
Les herbes folles, d'Alain Resnais. Avec André Dussollier, Sabine Azéma. Deux étoiles.
11 novembre 2009
Mère agitée
La scène se passe devant une course de lévriers, côté public. Burt et Verona ont fait escale ici, à la recherche d’un endroit pour poser leur nid douillet avant la naissance de leur premier enfant. Ils parcourent l’Amérique mais ce ne sont pas vraiment les villes qui les intéressent, ce sont les gens qui y vivent.
Aujourd’hui, c’est avec un couple d "’américains moyens" - de vieilles connaissances - qu’ils passent leur après-midi. Mais les veilles connaissances ont mal vieilli. Un cancer du sein pour madame (croit-on deviner) et une crise économique sont passés par là… Du coup, le mari maugréé sur la fin du monde et la femme fond un boulon.
En matière d’amour maternel, ce n’est pas vraiment l’exemple à suivre. Elle se moque de ses propres enfants. Son fils : « regardez ses oreilles…On dirait un trophée avec les anses sur les côtés » ! Sa fille : « Regardez son cul ! » Mais elle se raille elle-même aussi et déraille: « Regardez ce que sont devenus mes seins ! On dirait des couilles de vieillards ! »
A côté, le jeune couple ne dit mot, priant sans doute intérieurement pour ne jamais ressembler à cette famille-là. Pas de danger. Lui, est plutôt sympa, amusant avec ses airs de grand dadais. Elle au contraire reste terne, molle, avec un air blasé qu’elle trimballe en permanence. On n’a pas vraiment envie de la suivre dans son périple. Heureusement que des rencontres aussi déjantées que celle-ci jalonnent le film pour nous distraire un peu…
Away we go de Sam Mendes. Avec John Krasinski, Maya Rudolph. Deux étoiles.
04 novembre 2009
Boite noire
La scène se passe dans une sompteuse résidence, au cours d’une fête. C’est bientôt Noël. Des gens très bien habillés mangent et s’offrent des cadeaux.
C’est la dernière surprise party pour Arthur et Norma, qui n’ont pas franchement envie de s'amuser. Quelques heures plus tôt, un inconnu leur a proposé d’activer un bouton sur une boite à la con en échange d’un million de dollars…et de la mort de quelqu’un, quelque part. Comme ils n’y croyaient pas, ils ont appuyé…Mais à présent, l’inquiétude les ronge. Ont-ils tué quelqu’un, sans le savoir ?
Vont-ils le payer ? Qui est cet inconnu ? Et qui est cette vieille dame au visage sévère qui regarde Arthur depuis le début de la soirée, à l'autre bout de la table ? Une sorcière version mondaine ? Et cet adolescent qui sert les plateaux et qui le dévisage aussi, avec un sourire narquois sur le visage ? Que lui veut-il ? Et pourquoi se met-il à saigner du nez ? Se connaissent-ils tous ? Savent-ils quelque chose qu’ils ignorent ?
Et pourquoi ? Et pourquoi ? La théorie du complot parano s’est invitée à table. Au dessert du film, on en saura plus mais on sera un petit peu gavé. Trop d’attente, trop de pourquoi…Les réponses ne pouvaient qu’être décevantes.
The box, de Richard Kelly. Avec Cameron Diaz, James Marsden. Deux étoiles.
01 novembre 2009
Jeunet joli
La scène se passe dans une rue de Paris. Non, pas le Paris un peu gris que vous connaissez, mais celui d’Amélie Jeunet : lumineux comme un décor de Noël, vieillot comme un coffre à jouets... et ces petites notes d’accordéon en musique de fond...
Tout n’est cependant pas rose : Basile – Danyboon dans un rôle de mime qui lui va comme un gant – est un clochard qui débute. Les poches vides, le ventre creux. Il tombe sur une distribution de soupe populaire – on est donc bien à notre époque. Mais il n’ose pas. Il regarde, avec un air timide de petit garçon. La bénévole lui sourit pour l’encourager. Il feint l’incompréhension puis d’un geste, explique qu’il attend simplement le taxi, qu’il n’est pas là pour aller à la soupe, non, vraiment, pas besoin.
Mais un taxi arrive…Et Basile est bien embêté. La bénévole le regarde à nouveau. Il fait le tour de la voiture, fait semblant de vouloir monter à l’arrière…mais s’agenouille en fait derrière la portière pour disparaître en loucedé.
C’est drôle et touchant, c’est du bon Jeunet, une belle journée.
Micmacs à tire-larigot, de Jean-Pierre Jeunet. Avec Dany Boon, André Dussolier. Trois étoiles.
22 octobre 2009
Sous la ceinture, un coup de ceinture
La scène se passe dans l’une des maisons de ce village. Vieux village plus triste que tranquille, plus mort que paisible. Juste avant la première guerre mondiale.
Dans ce foyer-là, un couple se déchire. Lui est médecin, elle est aide-soignante. Il décide de la quitter. Ou plutôt de la la tuer, par les mots. « Vieille décatie », « laide », « Tu me dégoûtes », « Ne peux-tu pas simplement pas mourir » ? Et j’en passe. Le film est en noir et blanc mais c’est surtout le noir qui domine.
Elle pleure mais repart à l’attaque. Pas pour l’abattre, elle est trop désespérée pour cela, pas pour se défendre, la haine de soi n’est pas loin. Juste pour dire ce qu’elle a sur le cœur brisé. Elle pointe son incapacité à aimer l’autre. Elle pointe surtout les attouchements auxquels il se livre sur sa propre fille.
Blam. Dans ces villages consanguins, il y a toujours une histoire d’inceste, de rapport forcé…A force, on ne sait plus trop si ce sont les personnages qui ont une sale image de la sexualité où si c’est le cinéaste lui-même qui ne parvient pas à voir ce qu’il y a sous la ceinture d’un œil un peu positif, tranquille…Glauque, glauque, glauque.
Le ruban blanc, de Michael Haneke. Avec Christian Friedel, Ernst Jacobi. Deux étoiles.