Un film, une scène

Critiques de films sortis en 2009 à partir d'une scène clé.

04 novembre 2009

Boite noire

box La scène se passe dans une sompteuse résidence, au cours d’une fête. C’est bientôt Noël. Des gens très bien habillés mangent et s’offrent des cadeaux.

C’est la dernière surprise party pour Arthur et Norma, qui n’ont pas franchement envie de s'amuser. Quelques heures plus tôt, un inconnu leur a proposé d’activer un bouton sur une boite à la con en échange d’un million de dollars…et de la mort de quelqu’un, quelque part. Comme ils n’y croyaient pas, ils ont appuyé…Mais à présent, l’inquiétude les ronge. Ont-ils tué quelqu’un, sans le savoir ?

Vont-ils le payer ? Qui est cet inconnu ? Et qui est cette vieille dame au visage sévère qui regarde Arthur depuis le début de la soirée, à l'autre bout de la table ? Une sorcière version mondaine ? Et cet adolescent qui sert les plateaux et qui le dévisage aussi, avec un sourire narquois sur le visage ? Que lui veut-il ? Et pourquoi se met-il à saigner du nez ? Se connaissent-ils tous ? Savent-ils quelque chose qu’ils ignorent ?

Et pourquoi ? Et pourquoi ? La théorie du complot parano s’est invitée à table. Au dessert du film, on en saura plus mais on sera un petit peu gavé. Trop d’attente, trop de pourquoi…Les réponses ne pouvaient qu’être décevantes.


The box, de Richard Kelly. Avec Cameron Diaz, James Marsden. Deux étoiles.

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01 novembre 2009

Jeunet joli

jeunet La scène se passe dans une rue de Paris. Non, pas le Paris un peu gris que vous connaissez, mais celui d’Amélie Jeunet : lumineux comme un décor de Noël, vieillot comme un coffre à jouets... et ces petites notes d’accordéon en musique de fond...

Tout n’est cependant pas rose : Basile – Danyboon dans un rôle de mime qui lui va comme un gant – est un clochard qui débute. Les poches vides, le ventre creux. Il tombe sur une distribution de soupe populaire – on est donc bien à notre époque. Mais il n’ose pas. Il regarde, avec un air timide de petit garçon. La bénévole lui sourit pour l’encourager. Il feint l’incompréhension puis d’un geste, explique qu’il attend simplement le taxi, qu’il n’est pas là pour aller à la soupe, non, vraiment, pas besoin.

Mais un taxi arrive…Et Basile est bien embêté. La bénévole le regarde à nouveau. Il fait le tour de la voiture, fait semblant de vouloir monter à l’arrière…mais s’agenouille en fait derrière la portière pour disparaître en loucedé.

C’est drôle et touchant, c’est du bon Jeunet, une belle journée.


Micmacs à tire-larigot, de Jean-Pierre Jeunet. Avec Dany Boon, André Dussolier. Trois étoiles.

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22 octobre 2009

Sous la ceinture, un coup de ceinture

ruban La scène se passe dans l’une des maisons de ce village. Vieux village plus triste que tranquille, plus mort que paisible. Juste avant la première guerre mondiale.

Dans ce foyer-là, un couple se déchire. Lui est médecin, elle est aide-soignante. Il décide de la quitter. Ou plutôt de la la tuer, par les mots. « Vieille décatie », « laide », « Tu me dégoûtes », « Ne peux-tu pas simplement pas mourir » ? Et j’en passe. Le film est en noir et blanc mais c’est surtout le noir qui domine.

Elle pleure mais repart à l’attaque. Pas pour l’abattre, elle est trop désespérée pour cela, pas pour se défendre, la haine de soi n’est pas loin. Juste pour dire ce qu’elle a sur le cœur brisé. Elle pointe son incapacité à aimer l’autre. Elle pointe surtout les attouchements auxquels il se livre sur sa propre fille.

Blam. Dans ces villages consanguins, il y a toujours une histoire d’inceste, de rapport forcé…A force, on ne sait plus trop si ce sont les personnages qui ont une sale image de la sexualité où si c’est le cinéaste lui-même qui ne parvient pas à voir ce qu’il y a sous la ceinture d’un œil un peu positif, tranquille…Glauque, glauque, glauque.


Le ruban blanc, de Michael Haneke. Avec Christian Friedel, Ernst Jacobi. Deux étoiles.

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07 octobre 2009

Déveine, qui vient diner ce soir

bum La scène se passe dans le salon. Maison des années soixante, société de consommation en plein essor : la télé, l’aspirateur, le tablier de maman et tout ça. Les parents du petit Nicolas reçoivent le patron de monsieur. Un rendez-vous important : monsieur espère une promotion…

Le diner, les masques, les classes moyennes qui veulent faire bonne impression devant la bourgeoisie…De La Cage aux folles à L’invité (avec déjà Lemercier), on connaît le menu.

Mais ici, heureusement le film veut plaire aux enfants alors on n’y va pas avec le dos de la cuillère: le diner n’est pas raté qu’à moitié. Le petit Nicolas se met à parler d’argent pour se débarrasser de son petit frère, on improvise et on sert des raviolis froids à table,  Madame fait semblant d’avoir de la culture et se plante, madame picole jusqu’à se saouler et monsieur (Kad Merad, impeccable) blêmit, jaunit, se ratatine en voyant la promotion l’envoyer promener…

Hélas, le film veut plaire aux enfants, alors tout finira par s’arranger, trop gentiment…Mais c’était tout de même un bon moment.


Le petit Nicolas, de Laurent Tirard. Avec Kad Merad, Maxime Godart. Deux étoiles.

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01 octobre 2009

Une bouteille à l'amer

dernier La scène se passe dans une chambre de l’institut de désintox. Deux malades alcooliques dorment. Hervé, pas loin de la sortie, pas loin de la confrontation avec dehors. Et Pierre loin de la sortie à cause de trop de rechute. Pas loin de la mort. Tout près. C’est l’excellent Vuillermoz qui lui prête ses traits de clown tristes, de grand gaillard indomptable.

Donc il roupille. Soudain, il remue sur son lit. Des cris étouffés se cognent à ses lèvres. Cauchemarde-t-il ? Non, il se lève d’un bond. Porte la main à sa bouche, comme s’il allait vomir, comme s’il allait payer le prix d’une grosse cuite. En fait, il raque pour toutes : ce n’est pas du vomi, c’est du sang, qui explose et vient éclabousser la salle de bains. Le grand gaillard dégringole, secoué par les spasmes. Le cœur de Pierre meurt.

Scène choc qui débarque sans crier gare. Comment ça meurt un malade alcoolique ? Comme ça, par exemple. C’est direct, sans fard comme ce film, d’une belle sobriété, allais-je dire.


Le dernier pour la route, de Philippe Godeau. Avec François Cluzet, Mélanie Thierry. Trois étoiles.

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13 septembre 2009

Le coût de la panne

partir La scène se passe dans une station service, en Espagne. Le début d’un week-end pour une famille « moderne », c’est-à-dire recomposée. Lui, l’ouvrier et sa fille, elle l’ex-bourgeoise et son fils.

Problème : au moment de faire le plein, le compte en banque est vide. Suzanne le comprend au moment où la machine avale sa carte bleue. Blême, elle pense sans doute à son ex-mari bien installé mais qu’elle a quitté par amour pour un prolo. Pas d’argent, la voiture bloquée, pas un centime, et le week-end qui part en vrille. Que faire ?

Suzanne s’empare de ses propres bijoux et les revend aux automobilistes arrêtés. Comme un vulgaire escroc. La " bourge " devient mendiante par amour, même si son homme ne lui demande pas, bien au contraire. Elle passe de véhicule en véhicule, frappe à toutes les vitres, implore, le souffle court, comme un animal traqué.

C’est là qu’elle perd sa dignité. Et que le film prend une force féroce. Ou quand l’argent rattrape l’amour et le social la romance. Un drame « moderne », donc.


Partir, de Catherine Corsini. Avec Kristin Scott Thomas, Sergi Lopez. Trois étoiles.

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27 août 2009

Prophète de passage

public La scène se passe dans la cour de la prison. D'un côté, les Arabes. De l'autre, les Corses. Du communautarisme carcéral. Cesar Luciani (Niels Arestrup, magnifique comme d'habitude) regarde Malik. C'est son élève. Son esclave. Sa chose. C'était.

Avant, il n'avait qu'à le siffler pour qu'il vienne passer un coup de balai dans sa cellule. Mais depuis, Malik s'est étoffé. Il est devenu chef de gang. En retard d'un train, Luciani le siffle quand même. « Viens là » susurre-t-il. Pas de réponse. Il recommence. Toujours rien. Alors il se lève et va le chercher. Mais les nouveaux gardes du corps du nouveau caïd l'en empêchent. Cesar, c'est quand même Cesar. Le parrain corse. Mais là, ça se corse. Le boss va prendre une bosse. Un colosse le repousse, il se borne, il prend une secousse, un coup sec. En plein dans le ventre.

Cesar pousse un cri de douleur surprise et s'effondre au sol. Sous les yeux des prisonniers, il se traîne lamentablement au sol. Le déclin. L'empereur déchu. Malik le regarde froidement. Sans l'ombre d'une pitié. Le boss, maintenant, c'est lui. Pour l'instant.

Un prophète n'est pas qu'un polar: c'est un film qui parle de la vie et donc, de l'éphémère, de ce qui ne dure pas. Dur.


Un prophète, de Jacques Audiard. Avec Tahar Rahim, Niels Arestrup. Trois étoiles

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20 août 2009

Les garçons bouchers

public La scène se passe dans une auberge, en soir, dans la France occupée. Une actrice allemande (Diane Kruger) a rendez-vous avec trois « bâtards », c'est à dire trois Juifs décidés à assassiner Goebbels, Göring et autres piliers du troisième Reich. C'est ici qu'ils veulent fomenter leur complot.

Problème: c'est ici aussi qu'un soldat allemand est venu fêter sa nouvelle paternité avec ses amis. La petite réunion a du plomb dans l'aile mais les « bâtards » ont une bonne sécurité: ils sont déguisés en nazis. Seulement, leur accent laisse à désirer. Alors doucement, les soupçons naissent et la tension monte. « Il vient d'où votre accent bizarre ?» demande un officier. Tous les dialogues du film ressemblent à un interrogatoire. Les bâtards inventent des histoires, racontent de fausses explications avec un bagout convaincant.

On pense qu'ils s'en sortent. La tension retombe un peu. Jusqu'au moment où l'un d'eux commande trois verres en tendant les trois premiers doigts de la main. Erreur fatale. En Allemagne, lorsqu'on commande trois verres, on ne tend pas le pouce mais le majeur à la place. Et voilà comment ils seront démasqués. Idée géniale pour un film qui n'en manque pas.

La suite ? Un massacre, une tuerie avec coups de couteau et de flingues, où même les néo-pères de familles ne seront pas épargnés... Ce n'est ni immoral, ni moral: c'est amoral. C'est du divertissement tarantinien, régressif où la violence se déchaîne comme un défoulement chorégraphique et ludique, un chamboultout sauce tartare. On était venu pour voir cela: on en a eu pour notre argent.


Inglourious basterds, de Quentin Tarantino. Avec Brad Pitt, Christopher Waltz. Trois étoiles

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31 juillet 2009

Le ciel de l'existence

public La scène se passe à l'Église. Carl, un vieux petit bonhomme est assis sur les marches de l'autel, un ballon dans la main. Bleu ou jaune, je ne me souviens plus, enfin un ballon qui détonne dans ce cadre, qui égaie et qui rappelle ce qu'il aimait enfant: le ciel, la hauteur, la tête dans les nuages...

Mais il ne rit pas, au contraire. Il est malheureux. Et la raison de son chagrin se trouve juste à côté, dans le cercueil exposé au milieu de cette solitude et dans lequel repose le corps de sa femme.

Là-haut, elle y est arrivée mais ce n'est pas exactement ce qu'ils avaient prévu dans le carnet des « choses à faire », des rêves à accomplir.

Pas moyen de se sentir léger comme un ballon: soit on n'est pas à la hauteur de ses rêves, soit c'est eux qui ne le sont pas... Tel est le message de ce beau film qui n'est finalement pas pour les enfants.


Là-haut, de Bob Peterson et Pete Docter. Trois étoiles.

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24 juillet 2009

Chat percé

public La scène se passe dans un cinéma. Dillinger, le fameux gangster, regarde un film...de gangster. Tranquillement.

Sur sa tête, un chapeau cubain – mais c'est peut-être l'acteur, Johnny Depp, qui imprime là sa patte d'acteur "exigeant-et-toujours-bien-habillé".

A l'écran, c'est Bogart, qui joue le truand - son reflet - et qui lâche « Cette vie n'a aucun sens ». Depp/Dillinger sourit. Tu l'as dit!

D'ailleurs, devant le cinéma, on l'attend: une armada de flics bien décidés à lui trouer la peau. Et le chapeau. Pas de pot – les chats guettent la souris.

Ce jeu-là, celui du chat et de la souris, Michael Mann (Heat, Collateral...) ne s'en lasse décidément pas. Nous, si. Ca n'en finit plus de se répéter: comme Depp qui pourrait répéter ce que dit Boggart. « Cette vie n'a aucun sens ». Du coup, c'est tout le film qui sonne un peu creux. 


Public ennemies, de Michael Mann. Avec Johnny Depp, Christian Bale. Une étoile.

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